L’expression génération bi désigne un mouvement de fond : les moins de 30 ans revendiquent une sexualité plus ouverte, où l’attirance ne se range plus dans une seule case. Loin d’une mode passagère, ce basculement s’appuie sur des enquêtes françaises solides et sur une jeunesse qui interroge l’évidence hétérosexuelle héritée. Voici ce que recouvre vraiment ce terme et pourquoi il dit quelque chose de notre époque.
Ce que recouvre l’expression génération bi
On parle de génération bi pour décrire une jeunesse qui assume plus librement une attirance pour plusieurs genres. Le terme englobe la bisexualité au sens strict et la pansexualité (attirance indépendante du genre) mais aussi les trajectoires de questionnement qui ne portent pas encore de nom. Chez beaucoup, cocher les deux cases sur une application de rencontre marque le début d’un cheminement plutôt qu’une étiquette figée. La bisexualité cesse d’être une phase que l’on cache pour devenir une identité que l’on revendique.
Des chiffres qui racontent une bascule
Les données de l’enquête ENVIE de l’Ined, publiées en 2025, chiffrent l’ampleur du phénomène. Chez les 20-29 ans, 14 % des femmes et 4 % des hommes se déclarent bisexuels ou pansexuels. Le nombre de jeunes qui revendiquent cette identité a été multiplié par six entre 2015 et 2023. L’attirance déborde largement l’étiquette : 37 % des jeunes femmes et 18 % des jeunes hommes disent avoir déjà été troublés par les deux sexes.
| Chez les 20-29 ans (2023) | Femmes | Hommes |
|---|---|---|
| Se déclarent bi ou pan | 14 % | 4 % |
| Attirés par les deux sexes | 37 % | 18 % |
| Ne se disent pas hétéro | 19 % | 8 % |
En 2015, l’attirance pour les deux sexes ne concernait encore que 7 % des jeunes femmes. Passer à 37 % en huit ans traduit une transformation rapide des repères, portée par une génération entière.
Pourquoi les jeunes revendiquent-ils davantage la bisexualité ?
Plusieurs dynamiques se conjuguent pour nourrir cette montée :
- La visibilité : réseaux sociaux, séries et personnalités publiques rendent les parcours non hétérosexuels familiers et désirables.
- Le vocabulaire : les mots pansexuel, queer ou fluide offrent des nuances qui manquaient aux générations précédentes pour se dire.
- La remise en cause des normes : les jeunes questionnent l’évidence hétérosexuelle au lieu de la subir en silence.
- Un climat plus tolérant qui rend le coming out moins périlleux sans effacer ses risques.
Le psychopraticien Cha Prieur, cité par Têtu, résume l’enjeu d’une formule.
Plus qu’une orientation sexuelle, l’hétérosexualité est un véritable système politique et social.
Orientation, attirance, exploration : trois réalités distinctes
Les chiffres révèlent un écart que l’on confond souvent. Ressentir une attirance, se revendiquer d’une identité et vivre une expérience relèvent de trois registres différents. Une jeune femme sur trois a déjà été troublée par une autre femme, mais une sur sept seulement se dit bisexuelle. Ce décalage ne trahit aucune contradiction : il traduit la liberté de ressentir sans se ranger dans une catégorie définitive. Éprouver ce trouble n’engage d’ailleurs à rien : une attirance peut très bien rester sans suite, sans rien dire de définitif sur soi.
Le phénomène des hétéros curieux, ces personnes en quête d’une première expérience sans renoncer à leur identité, illustre bien cette zone mouvante. Ce que Têtu nomme le testing précède parfois de longtemps la revendication, quand il y mène. Certains gardent un pied dans l’hétérosexualité le temps de s’y sentir à l’aise, d’autres reconnaissent leur bisexualité après des années de doute intime.
Vivre sa fluidité avec bienveillance
Cette ouverture s’accompagne de zones sensibles. La biphobie persiste, y compris dans les milieux gay et lesbien, où les personnes bisexuelles sont parfois soupçonnées d’indécision ou de simple passage. Accueillir la fluidité, c’est refuser ces raccourcis et laisser à chacun le temps de nommer son désir. Certains explorent tôt, d’autres avancent lentement, sans que l’un vaille mieux que l’autre. L’essentiel tient dans l’honnêteté envers soi comme envers l’autre et dans le respect du chemin de chacun.







